Roland est assis à l'angle du divan, un halogène fait scintiller son crâne ras. Il avale au goulot une courte gorgée puis se penche sur son paquet de tabac à rouler. Installé dans un fauteuil en rotin brun, Pêr, en face, de l'autre côté de la table basse, utilise un verre. Du saumon grésille dans la poêle, un répit succède à la discussion. Roland et moi, dans la promotion, avions formé une sorte de binôme improbable. La soirée, naturellement, avait débuté par le récit des premiers pas dans nos carrières. Lui à la maison de retraite d'un établissement psychiatrique, moi à l'hôpital, dans le couloir des détresses respiratoires. Sa femme, très jeune, s'était levée pour faire fondre le beurre. Dans ce bref silence, moment étrange, elle lance : Ça va, c'est pas trop dur ? Roland allume sa cigarette, Pêr observe d'un œil vague la table du salon. À cette question impromptue, laquelle implicitement nous savons qu'elle m'est destinée, je réponds Non, ça va pour ne pas m'étendre. Du Coca-Cola m'a été servi dans un verre à vin.