À l’instar de ce précédent billet, trois de ces treize anecdotes (oui, je complique un chouïa ^^) sont les fruits de mon imagination. J’attends donc, non sans malice, vos estimations (promis, c’est la dernière !):
I) Pêr et moi nous étions décidés à visiter le monastère qui siège au sommet du Mont Sainte-Odile (Alsace). Contre toute attente (car la plaine avait été épargnée), une neige abondante recouvrait le relief. Motivés par une anecdote du passé (je m’étais déjà plié à cet exercice un hiver lors d’une balade à Chamrousse), nous entreprîmes d’effectuer le circuit pieds nus, par jeu. Inutile d’ajouter qu’arrivés au monastère avec nos orteils bleuis nous étions passés pour de bien vertueux pèlerins.
II) Le bel Albin était l’ami d’enfance de Pêr. Nous nous fréquentions régulièrement jusqu’à ce qu’il se mette en couple et vive son chemin. Des nouvelles nous parvenaient parfois de façon indirecte. Des années plus tard nous reçûmes un faire-part : nous étions invités pour son mariage, dans les environs de Luxeuil (Haute Saône). Or, à peine étions-nous descendus du train, les parents de Pêr, chargés de nous accueillir et de nous conduire à l’hôtel, nous apprirent que la future épouse avait la veille-même renoncé au mariage. Le banquet eut néanmoins lieu, par respect des invités dont la grande majorité avait débarqué des quatre coins de l’horizon.
III) Je ne sais pas nager, si bien que j’ai failli me noyer à mes douze ans par pure insouciance : les gamins de ma ville natale aimaient l’été à se jeter dans le bassin de l’avant-port. Un jour, contaminé par la joie que semblaient ressentir mes braves acolytes, je pris mon élan et osai un saut téméraire, pensant que je trouverais la ressource d’atteindre l’une des échelles qui bornent le quai. Belle erreur ! Je fus sauvé par un adolescent qui se rendit compte in extrémis que je gesticulais en vain depuis deux trois minutes.
IV) Partis de Nantes, Gillis (mon ex) et moi faisions de l’auto-stop en direction du nord de la France. Aux alentours de Caen un automobiliste nous avait embarqué, lequel n’avait cessé de m’observer dans son rétroviseur. Je ne sais combien de mois plus tard, lors du mariage de mon frère, j’eus la surprise de voir ce même automobiliste figurer parmi les invités. Non seulement il me reconnut aussitôt, mais il avoua m’avoir reconnu dès la première fois, dans sa voiture les quelques mois plus tôt, car il possédait un magazine de charme où j’avais posé nu. Ce fameux soir, je lui offris le furtif baiser qu’il exigeait sous peine de montrer la revue en question.
V) Maquettiste d’une jeune association qui souhaitait organiser des spectacles (en l’occurrence un concert anti-apartheid au stade de la Beaujoire avec Kassav en tête d’affiche), je vis mon travail (une affiche 3 x 4m) collée dans tout le Grand Ouest. Hélas, le soir du premier concert, malgré les milliers de spectateurs présents, le patron s’enfuit avec la caisse (plus tard la justice l’emprisonnera à Paris pour escroquerie).
VI) J’ai été quelques semaines Monsieur Pipi au Scaramouche, boîte homosexuelle parisienne aujourd’hui fermée, cependant autrefois connue pour son ancienneté et ces spectacles de transformistes. Fabrice, le patron, avait spécialement créé ce poste pour moi car je sortais avec l’un des membres de son personnel et, allez savoir pourquoi (avais-je la gueule de l’emploi ?), il avait tenu à ce que j’intègre plus activement l’équipe par ce biais.
VII) Des gens du voyage (protestants) me prirent pour un prophète. Ils sous-traitaient un vignoble d’Épernay où je vendangeais. Le chef de clan me surprit un jour en prière, à genou, à l’extrémité d’un champ où je me croyais suffisamment loin du camp. Après conversation, il me proposa d’assumer le catéchisme des enfants, ce que je fis à la lumière des bougies. Mon statut étant mal vu par les moins crédules (ceux qui ciblaient la sédentarité), on me demanda, au premier prétexte (j’avais lancé une grappe sur un compère), de partir. Le chef de clan me conduisit, bien malgré lui, à la gare. Comme sa voiture patina soudainement dans de la boue, il crut que j’usai d’un céleste pouvoir pour manifester mon mécontentement.
VIII) J’avais pris, à Nantes, l’habitude de dormir certaines nuits dans des wagons isolés en voix de garage. Habituellement, je me réveillais avant l’arrivée des femmes de ménage. Excepté ce jour où je n’ouvris l’œil qu’une fois arrivé à La Rochelle.
IX) Pêr travaillait alors comme barman dans un casino. Le temps de la fermeture, un samedi soir, nous avions convenu que je l’attendrais sur la plage. Il faisait nuit noire et j’écoutais les vagues quand je m’aperçus qu’on me jetait des galets : une jeune fille, totalement nue, avait pratiqué un bain de minuit mais dans l’obscurité n’avait pas retrouvé ses vêtements, si bien qu’elle espérait une aide chevaleresque. Je lui prêtai mon pull (suffisamment ample pour couvrir toute sa pudeur) et l’accompagna vers l’appartement d’un ami qui habitait non loin. Aidés de torches, nous retrouvâmes plus tard ses frusques égarées.
X) J’ai été la plus jeune ceinture noire de l’histoire de mon dojo (à treize ans), si bien que je fis la une du journal local (d’autant plus que j’avais validé mon kata avec une fille, ce qui était rare). J’avais commencé le judo prématurément (à quatre ans), orienté vers ce sport par mon médecin suite à un constat de scoliose (j’avais poussé trop vite – on me donnait chaque fois trois ans de plus -, le toubib avait pensé que ce sport me redresserait mieux que de laborieuses séances de kiné). J’ai abandonné les tatamis à ma troisième dan parce qu’exilé à Rouen pour le lycée mais, aussi, fatigué de combattre sans en apprendre plus techniquement.
XI) J’étais barman dans un quartier strasbourgeois assez tendu. Une fin d’après-midi, une troupe de gens du voyage débarquèrent et réclamèrent de voir mon patron qu’ils semblaient connaître. Comme j’avais remarqué qu’ils portaient des armes à feux, j’appelai discrètement le patron en question, lequel, un quart d’heure plus tard, débarqua derrière le comptoir (entre-temps, j’avais noté que le fils du patron, accompagné d’autres employés, nous avaient bizarrement rejoints, vêtus de longs manteaux). Après quelques échanges de mots, les deux camps sortirent les armes (des flingues et des fusils), se menaçant les uns les autres sans tirer. Pendant ce temps j’avais regroupé dans la salle de jeu les clients dont certains s’évadèrent par la cour intérieure. J’étais si blême que mon patron douta que je revinsse le lendemain.
XII) Catherine s’était mise en tête que j’étais son amoureux si bien qu’elle m’invita à parcourir, avec son frère et sa mère (qui voyait en moi un futur gendre), les canaux de Moselle à bord de la petite péniche touristique qu’ils avaient loué quelques jours pour l’été. Un après-midi, on me confia imprudemment la barre. Si bien que pris de l’une de mes légendaires rêveries je fonçai droit contre la berge, endommageant au passage la pompe. La nuit suivante, comme nous commencions à couler, nous dûmes appeler un technicien.
XIII) Enfant solitaire et reclus dans mon monde de sonnets et de dessins, il m’arrivait de soudainement, quand je devais par exemple répondre trop vite à une question, de me mettre à pratiquer sans crier gare, et sans m’en rendre compte, une sorte de glossolalie, déblatérant une langue qui m’étaient claire mais totalement absurde pour mon entourage. Cela dura quelques années (mes parents croyant longtemps que je faisais l’idiot), jusqu’à ce que les crises d’asthme prennent le relais, vers mes dix ans.