Me reste-t-il assez de jeunesse pour enfin devenir le meilleur de moi-même ?
   Mon reflet, miroir après miroir, change sans cesse de texture. Je peine chaque fois à m’y reconnaître pleinement, à ne pas ressentir de la tristesse quand à l’heure de la toilette ce pitoyable face à face s’impose. La dépression m’a rendu médiocre, l’alcoolisme m’a serré dans son poing comme une boule de boue. Oui parce qu’un jour il y eut l’insupportable mal d’amour, oui parce qu’aussi la famille n’a pas su mesurer l’impact qu’a eu sur leur gosse leur forme de violence, etc.
    Mes poignets se souviennent par deux fois combien je suis déraisonnablement sensible.
    La plupart du temps, on ne me donne pas mon âge. Parfois il manque dix ou quinze ans. Mes putains de miroirs pourtant démentent. Ma toubib me prescrit du chlorhydrate de naltrexone et renforce d’un demi cachet ma ration de tartrate de cyamémazine suite à la recrudescence de mes torpeurs morbides. À mon analyste j’explique mes difficultés à dépasser ce mélange de paresse et d’ennui qui me terrasse et m’empêche d’écrire ou de peindre. Paradoxalement, je sais qu’existe toujours sous cette couche de détresse un magma de jeunesse explosive encore inexploité.
    Histoire de parfaire cette volonté de rompre le cou à mes démons j’ai déboursé un lingot d’or pour pisser de la sueur et soulever de la fonte. Méthode Mishima, découverte via son le soleil et l’acier. Au bout de cette expérience j’espère me décharner au point d’exhumer les visions extatiques et cette jeunesse que la faux du dégout de soi aura tuées ces dix dernières années.
    Au hasard du web j’ai découvert cette vidéo de Simon Nessman. Ensuite j’ai fumé une clope sur le balcon. Bien entendu je n’ai plus vingt ans, ce serait trop facile. Mais voilà, le pari serait, une fois réconcilié avec moi-même, de me montrer à vous à travers un film. Dès à présent je m’engage. J’écrirai ici tant bien que mal mes échecs et mes victoires.
    Jusqu’à ce que j’immortalise le résultat devant une caméra…




9 Commentaires



  1. w écrit :

    S’agissant de l’immortalisation de votre résultat devant une caméra, procéderez-vous par un « avant»  et un « après»  ?
    Bien à vous



  2. kab-aod écrit :

    @ W :Je procèderai à un « avant»  pudique, angle de vue après angle de vue.



  3. w écrit :

    Je vous suivrai donc. Avec attention.



  4. w écrit :

    J’ignore pourquoi mais votre « promesse» , votre pari me font penser à l’étonnant film de Claire Denis, « Beau Travail» . Un titre parfait, « Beau Travail» . C’est en tout cas tout le mal que je vous souhaite.



  5. Nicolas écrit :

    Merci pour ton passage sur mon blog. Je me suis laissé emporté par le tien. C’est touchant et je l’écris sans aucune pitié, sentiment, dont semble-t-il, je suis dénué. Je crois que nous avons tous nos dépendances: alcool, tabac et d’autre plus pervers, cachées et douloureuses. Elles mènent toutes au même endroit: là où on s’oublie soi-même. A bien y réfléchir, je pense qu’il n’y a qu’un seul problème en ce monde: le problème de communication ; avec les autres, les choses, notre environnement et surtout avec soi-même. Et qu’il n’y a qu’une seul solution: le changement des habitudes. En changeant soi-même, on modifie non seulement la vision de notre réalité, mais notre entrourage et peut-être le reste du monde. C’est d’un peu l’effet papillon de la théorie du chaos, qui jour après jour me paraît très pertinente et qui m’a poussé à (r)établir la communication avec moi et à débuter des changements qui m’ont peut-être ou certainement sauvé la vie. Bien à toi…



  6. kab-Aod écrit :

    @ nicolas : « Le changement des habitudes» , comme tu le relèves, me semble une priorité pour véritablement devenir le meilleur de soi-même. Quant à l’effet papillon, tu n’imagines pas à quel point ta peinture chinoise m’a troublé ;)



  7. Henri-Pierre écrit :

    Bonjour Kab,
    Te re-trouver ta musique et toi ici est une émotion qui me dit que vraiment, l’interruption de ces rendez-vous était une absence.
    Ne te soucie pas de ton âge, on n’a que celui que l’on mérite, et j’en sais quelque chose, même si les désarrois des miroirs nous disent le contraire ; peut être aussi c’est cette exigeance à la limite de la cruauté vis à vis de soi-même qui maintient en éveil les restes de jeunesse qui sont en fait la vraie jeunesse, celle qui justement reste quand la carrosserie nous dit ses dégradations.
    Alors soulève la fonte, fais tout ce qu’il faut pour te réconcilier avec ton image, tu m’en verras heureux pour toi car, en ce qui me concerne, ce que tu es, as été ou seras me sera toujours infiniment précieux.



  8. kab-Aod écrit :

    @ Henri-Pierre : Je ne compte pas décevoir, même si je m’attends à trébucher de temps à autre.
    Suis content de ces retrouvailles internautiques :smile:



  9. L écrit :

    C’est idiot, en découvrant ton blog grâce à un clic blogitexpressien, je me suis dit, malgré ce que reflète apparemment en faux ton miroir : « Oh, mon grand frère !» . Tu sais, celui que je n’ai pas eu. Je te souhaite sincèrement une bonne rencontre avec toi-même.

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