Un soleil frontal frappe le balcon. Au loin un sonneur s’entraine à la cornemuse. Les paroles du psy, tels des reflets rougeâtres de carpe, ne cessent de tournoyer dans mon bocal : votre relation au produit se modifie, vous traversez une période de reconstruction, vous évacuez vos angoisses et c’est plutôt bon signe… Lors de la séance je lui avais décrit mes rêves agités souvent liés à la famille, je lui avais décrit mes suées à la seule pensée de mourir. Car depuis ma cure de sevrage alcoolique l’idée de la catastrophe me torpille à la moindre occasion. Une branche traîne-t-elle sur la route qu’aussitôt j’imagine apercevoir la charogne d’un chien. Mon balcon – cette étroite dalle suspendue dans le vide – me permet certains soirs d’attraper du bout du regard l’ingénuité des étoiles.
    Je suis intérimaire. J’ai travaillé à plein temps ces trois derniers mois comme livreur à domicile pour le compte d’une plateforme de grande distribution. Je soulève des lave-linge, des congélateurs, des fours encastrables. Mon collègue, tandis que nous avalons des hamburgers, me raconte qu’il pratique la musculation depuis l’âge de seize ans. Or l’homme de trente-huit ans qui me parle exhibe des épaules étroites, une poitrine plate et un estomac vautré sur la ceinture. Il ajoute qu’il n’a jamais éprouvé de plaisir à manger et qu’en période d’exercice intense il se contente de salade et de blanc d’œuf. J’ai sept kilos de graisse à perdre, un téléviseur cathodique m’a broyé les reins cette semaine si bien que je dois renoncer dans l’immédiat à me défoncer à la salle. Mon contrat de travail, lui, se terminait ce soir.
    La reconstruction attire visiblement les contrariétés. Plusieurs fois j’ai dû constater ce phénomène.



5 Commentaires



  1. nico écrit :

    Peu de mains sauraient brosser de telles marines.



  2. kab-aod écrit :

    @ Nico S. : Fin limier, va !



  3. nico écrit :

    Nos phases ont coïncidé et tu sais parfaitement égrainer ce qu’il faut de pâte pour n’avoir plus qu’à suivre leur piste, c’est un vrai plaisir, pour ne pas dire une émotion, de retrouver ta présence. Promis, je me ferai plus petit à mesure que l’audience s’évasera.



  4. Henri-Pierre écrit :

    Une re-construction, pas plus qu’une construction, ne saurait être l’autoroute droite où tout glisse facilement.
    En voudrions-nous d’ailleurs si tel était le cas ?
    Trébuche Ezékiel, mais relève-toi et continue.
    J’ai la main sur ton épaule camarade.
    Il serait dommage que Nico se fasse plus petit, vos harmonies sont délectables.



  5. Marie écrit :

    Certains chemins donnent envie de les suivre, de poursuivre.

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