Y dormir ou bien simplement l’effleurer de la semelle ? L’argument du romantisme ne saurait suffire bien qu’un peu de ce sel, très certainement, participe à la saveur de l’entreprise. Probablement n’est-ce qu’une illusion, or marquer d’une nuitée certains lieux charismatiques, à mes yeux, crée l’intimité suffisante pour accéder à la magie d’un vrai contact. Oh bien sûr le caillou est étroit : une bonne cinquantaine d’hectares jetée à quelques cinq miles de l’extrémité du cap, à peine de quoi s’épuiser à marcher entre deux embarquements ! D’autres s’ennuieraient. J’y tenais cependant, Pêr posa la question, je voulais valider l’aventure telle que je l’avais souhaitée pour le Mont Saint-Michel, Ouessant, le Youdig ou Belle-Île. Pas seulement arpenter le bourg et son pourtour limé par la vague, mais aussi lui confier mon sommeil, y connaître le soir et le matin, pour l’imprégnation, pour l’accomplissement.
    Pêr, ces derniers mois désireux de me réapprendre à marcher sans tenir une main, m’invita à organiser seul ces deux jours. En quatre coups de fil j’avais loué une chambre d’hôtes et réservé nos places sur le bateau. J’avoue que je ne me croyais plus capable d’initiatives aussi rudimentaires. Mon homme, dans la foulée, toujours soucieux de me confronter à ma propre capacité d’autonomie et amusé de m’apprendre à me comporter en futur conducteur, me chargea également de le guider jusqu’à l’embarcadère d’Audierne (les Bretons de la région riront, mais passager distrait c’est pour moi toute une épreuve). Assurément nous emporterons la caméra, avec le délicat projet de vous concocter les jours à venir un film comme nous en avions l’habitude avant ce blog-ci.
    Cette petite rencontre avec l’île de Sein, cet isolement furtif ces dimanche et lundi prochains, ne saurait toutefois se résumer à une seule escapade amoureuse : amateur de signes et de rituels, j’y vois l’occasion de marquer d’une croix blanche le commencement de mon ascèse précédemment promise. À suivre, donc.