jeu 18 juin 2009
À l’instar de ce précédent billet, trois de ces treize anecdotes (oui, je complique un chouïa ^^) sont les fruits de mon imagination. J’attends donc, non sans malice, vos estimations (promis, c’est la dernière !):
I) Pêr et moi nous étions décidés à visiter le monastère qui siège au sommet du Mont Sainte-Odile (Alsace). Contre toute attente (car la plaine avait été épargnée), une neige abondante recouvrait le relief. Motivés par une anecdote du passé (je m’étais déjà plié à cet exercice un hiver lors d’une balade à Chamrousse), nous entreprîmes d’effectuer le circuit pieds nus, par jeu. Inutile d’ajouter qu’arrivés au monastère avec nos orteils bleuis nous étions passés pour de bien vertueux pèlerins.
II) Le bel Albin était l’ami d’enfance de Pêr. Nous nous fréquentions régulièrement jusqu’à ce qu’il se mette en couple et vive son chemin. Des nouvelles nous parvenaient parfois de façon indirecte. Des années plus tard nous reçûmes un faire-part : nous étions invités pour son mariage, dans les environs de Luxeuil (Haute Saône). Or, à peine étions-nous descendus du train, les parents de Pêr, chargés de nous accueillir et de nous conduire à l’hôtel, nous apprirent que la future épouse avait la veille-même renoncé au mariage. Le banquet eut néanmoins lieu, par respect des invités dont la grande majorité avait débarqué des quatre coins de l’horizon.
III) Je ne sais pas nager, si bien que j’ai failli me noyer à mes douze ans par pure insouciance : les gamins de ma ville natale aimaient l’été à se jeter dans le bassin de l’avant-port. Un jour, contaminé par la joie que semblaient ressentir mes braves acolytes, je pris mon élan et osai un saut téméraire, pensant que je trouverais la ressource d’atteindre l’une des échelles qui bornent le quai. Belle erreur ! Je fus sauvé par un adolescent qui se rendit compte in extrémis que je gesticulais en vain depuis deux trois minutes.
IV) Partis de Nantes, Gillis (mon ex) et moi faisions de l’auto-stop en direction du nord de la France. Aux alentours de Caen un automobiliste nous avait embarqué, lequel n’avait cessé de m’observer dans son rétroviseur. Je ne sais combien de mois plus tard, lors du mariage de mon frère, j’eus la surprise de voir ce même automobiliste figurer parmi les invités. Non seulement il me reconnut aussitôt, mais il avoua m’avoir reconnu dès la première fois, dans sa voiture les quelques mois plus tôt, car il possédait un magazine de charme où j’avais posé nu. Ce fameux soir, je lui offris le furtif baiser qu’il exigeait sous peine de montrer la revue en question.
V) Maquettiste d’une jeune association qui souhaitait organiser des spectacles (en l’occurrence un concert anti-apartheid au stade de la Beaujoire avec Kassav en tête d’affiche), je vis mon travail (une affiche 3 x 4m) collée dans tout le Grand Ouest. Hélas, le soir du premier concert, malgré les milliers de spectateurs présents, le patron s’enfuit avec la caisse (plus tard la justice l’emprisonnera à Paris pour escroquerie).
VI) J’ai été quelques semaines Monsieur Pipi au Scaramouche, boîte homosexuelle parisienne aujourd’hui fermée, cependant autrefois connue pour son ancienneté et ces spectacles de transformistes. Fabrice, le patron, avait spécialement créé ce poste pour moi car je sortais avec l’un des membres de son personnel et, allez savoir pourquoi (avais-je la gueule de l’emploi ?), il avait tenu à ce que j’intègre plus activement l’équipe par ce biais.
VII) Des gens du voyage (protestants) me prirent pour un prophète. Ils sous-traitaient un vignoble d’Épernay où je vendangeais. Le chef de clan me surprit un jour en prière, à genou, à l’extrémité d’un champ où je me croyais suffisamment loin du camp. Après conversation, il me proposa d’assumer le catéchisme des enfants, ce que je fis à la lumière des bougies. Mon statut étant mal vu par les moins crédules (ceux qui ciblaient la sédentarité), on me demanda, au premier prétexte (j’avais lancé une grappe sur un compère), de partir. Le chef de clan me conduisit, bien malgré lui, à la gare. Comme sa voiture patina soudainement dans de la boue, il crut que j’usai d’un céleste pouvoir pour manifester mon mécontentement.
VIII) J’avais pris, à Nantes, l’habitude de dormir certaines nuits dans des wagons isolés en voix de garage. Habituellement, je me réveillais avant l’arrivée des femmes de ménage. Excepté ce jour où je n’ouvris l’œil qu’une fois arrivé à La Rochelle.
IX) Pêr travaillait alors comme barman dans un casino. Le temps de la fermeture, un samedi soir, nous avions convenu que je l’attendrais sur la plage. Il faisait nuit noire et j’écoutais les vagues quand je m’aperçus qu’on me jetait des galets : une jeune fille, totalement nue, avait pratiqué un bain de minuit mais dans l’obscurité n’avait pas retrouvé ses vêtements, si bien qu’elle espérait une aide chevaleresque. Je lui prêtai mon pull (suffisamment ample pour couvrir toute sa pudeur) et l’accompagna vers l’appartement d’un ami qui habitait non loin. Aidés de torches, nous retrouvâmes plus tard ses frusques égarées.
X) J’ai été la plus jeune ceinture noire de l’histoire de mon dojo (à treize ans), si bien que je fis la une du journal local (d’autant plus que j’avais validé mon kata avec une fille, ce qui était rare). J’avais commencé le judo prématurément (à quatre ans), orienté vers ce sport par mon médecin suite à un constat de scoliose (j’avais poussé trop vite – on me donnait chaque fois trois ans de plus -, le toubib avait pensé que ce sport me redresserait mieux que de laborieuses séances de kiné). J’ai abandonné les tatamis à ma troisième dan parce qu’exilé à Rouen pour le lycée mais, aussi, fatigué de combattre sans en apprendre plus techniquement.
XI) J’étais barman dans un quartier strasbourgeois assez tendu. Une fin d’après-midi, une troupe de gens du voyage débarquèrent et réclamèrent de voir mon patron qu’ils semblaient connaître. Comme j’avais remarqué qu’ils portaient des armes à feux, j’appelai discrètement le patron en question, lequel, un quart d’heure plus tard, débarqua derrière le comptoir (entre-temps, j’avais noté que le fils du patron, accompagné d’autres employés, nous avaient bizarrement rejoints, vêtus de longs manteaux). Après quelques échanges de mots, les deux camps sortirent les armes (des flingues et des fusils), se menaçant les uns les autres sans tirer. Pendant ce temps j’avais regroupé dans la salle de jeu les clients dont certains s’évadèrent par la cour intérieure. J’étais si blême que mon patron douta que je revinsse le lendemain.
XII) Catherine s’était mise en tête que j’étais son amoureux si bien qu’elle m’invita à parcourir, avec son frère et sa mère (qui voyait en moi un futur gendre), les canaux de Moselle à bord de la petite péniche touristique qu’ils avaient loué quelques jours pour l’été. Un après-midi, on me confia imprudemment la barre. Si bien que pris de l’une de mes légendaires rêveries je fonçai droit contre la berge, endommageant au passage la pompe. La nuit suivante, comme nous commencions à couler, nous dûmes appeler un technicien.
XIII) Enfant solitaire et reclus dans mon monde de sonnets et de dessins, il m’arrivait de soudainement, quand je devais par exemple répondre trop vite à une question, de me mettre à pratiquer sans crier gare, et sans m’en rendre compte, une sorte de glossolalie, déblatérant une langue qui m’étaient claire mais totalement absurde pour mon entourage. Cela dura quelques années (mes parents croyant longtemps que je faisais l’idiot), jusqu’à ce que les crises d’asthme prennent le relais, vers mes dix ans.
le 18 juin 2009 à 17:12
Mrs K écrit :
Tout ceci étant vraisemblable je dois dire que c’est difficile (et puis c’est la première fois que je viens, je ne vous connais pas, tout ça…) mais je dirais la 1, la 3 et la 13 (mais quand même Proust a du faire un truc comme ça !)
le 18 juin 2009 à 17:20
Jahovil écrit :
Glossolalie : j’avoue la pratiquer à des moments inattendus mais solitaires, mais je ne comprends rien à ce que je dis. Ce qui ,ne change pas trop de l’ordinaire.
Tu en as fait des choses ! Et tu les racontes si bien.
Comment se passe la semaine ?
B. J.
le 18 juin 2009 à 19:38
christophe écrit :
Le scaramouche ! encore un truc à côté de chez moi !
Pas facile (mais tellement drôle). Je dirais…
4, 10 et 11
le 18 juin 2009 à 22:43
Kridienn écrit :
C’est aussi difficile que la fois précédente… Je dirais : IV, VI, IX.
le 19 juin 2009 à 0:14
Kab-Aod écrit :
@ Mrs K : Rassure-toi, même ceux qui me suivent depuis un temps connaîtront aussi, je pense, quelques hésitations ^^
@ Jahovil : Comme le disait Paul : à quoi bon parler en langue s’il n’y pas d’interprète !
Quant à la semaine, merci, elle maintient son cap
@ Christophe & Kridienn : La vraie difficulté aura surtout été pour moi d’inventer trois bobards
le 19 juin 2009 à 10:18
Françoise écrit :
Bien que récemment arrivée ici, je tente ma chance : je dirais 4, 6 et 12 (un peu au hasard, je dois dire).
A mon avis toutes ces histoires sont vraies, tout au moins en partie, et tellement bien racontées qu’il est vraiment difficile de démêler le vrai du faux
le 19 juin 2009 à 10:22
karagar écrit :
Je ne crois pas que la connaissance, même parcellaire, de la bête puisse aider à déméler le bon grain de l’ivraie… Mais peut-être me trompé-je…
le 19 juin 2009 à 11:22
Kab-Aod écrit :
@ Françoise : Un de mes mensonges extrapole une base authentique, mais les deux autres, pas du tout
@ Karagar : Certaines anecdotes (mais ça remonte à loin maintenant) furent succinctement évoquées au fil de mes précédents blogs. Cela dit, même à partir d’une connaissance parcellaire, rien n’empêche d’écouter intuitivement l’idée qu’on se fait de l’auteur
le 19 juin 2009 à 22:27
Cornus écrit :
Lors du précédent opus, je n’avais pas voulu jouer, de peur de dire d’épouvantables bêtises et je dois dire que mon intuition m’avait trompée entièrement.
Cette fois néanmoins, je me lance, n’ayant pas peur du ridicule ni de tes foudres.
Alors je dis que les II, IV et V (parce que celle là paraît plus crédible que les autres).
le 19 juin 2009 à 23:25
calystee écrit :
Tiens! Le Scaramouche! Il me semble avoir connu ça, vu mon grand âge! Pour le vote, je m’abstiens: j’avais tout faux l’autre fois! Et puis, comme disent les italiens: « Se non è vero, è ben trovato!» .
le 20 juin 2009 à 0:53
1loup écrit :
Comme je n’avais fait que 2 propositions la fois dernière, j’en ferais donc 4 cette fois pour compenser
Je pense donc que les faux sont :
1) Monastère
6) Mr Pipi
7) Prophète
10) Judo
Je doute que je fasse mieux mais bon, histoire de… quoi !
le 20 juin 2009 à 9:32
raf écrit :
je dirais : 1,3,6
Ça fait chaud au cœur de retrouver des histoires évoquées dans les précédents blogs.
aucun animal ( mort) torturé a signalé, ça fait plaisir
le 20 juin 2009 à 13:45
Kab-Aod écrit :
@ Cornus : C’est effectivement un jeu qui teste également votre flair (et en même temps l’image que vous avez de moi ^^).
@ Calyste : Décidément, cette boite aura marqué !
@ 1Loup : Je t’accorde cette entorse à la règle. Nous verrons bien si ça améliorera ton précédent score
@ Raf : Donc je ne raconterai pas les belles émotions que j’ai ressenties à regarder des matadors à l’œuvre dans l’arène de Lunel
le 20 juin 2009 à 17:18
Lancelot écrit :
Pourquoi, après la corrida à Lunel tu étais allé arracher des dents aux taureaux, aussi…? Ou mieux, une corne peut-être…?
le 20 juin 2009 à 18:15
Kab-Aod écrit :
@ Lancelot : Non, j’ai acheté du saucisson… (Non mais vous attendiez quoi ?, que je prenne une pelle, que j’enterre le dauphin et que je plante une croix sur sa sépulture en psalmodiant comme une pleureuse ?! Si ça peut vous soulager, le bec étant partiellement décomposé, j’ai extraie la dent sans trop d’effort. Pfff…!)
le 20 juin 2009 à 19:39
christophe écrit :
Lol ! c’est encore plus dégueu ! (» Je me suis frayé un chemin entre les mouches et les asticots, et j’ai arraché la dent. Une partie de la cervelle est venue avec !» )
le 20 juin 2009 à 19:50
Lancelot écrit :
Donc, si par hasard en se promenant on retrouve le cadavre d’une personne décédée, on a le choix entre l’enterrer tout de suite et organiser sur place un service funèbre, ou bien passer son chemin après en avoir pris un morceau en souvenir.
Les deux options sont tout à fait naturelles, on se demande vraiment pourquoi Raf et moi nous en faisons tout un potage, de ton histoire du dauphin.
Ah oui c’est vrai, il ne s’agissait que d’un animal…
Je dois être un peu trop « romantique » disons, j’ai le respect de la mort tout autant que celui de la vie. Mutiler (« sans trop d’efforts » !!!!!) un corps rendu incapable de se défendre, c’est un acte qui me révulse.
le 20 juin 2009 à 20:13
Kab-Aod écrit :
@ Christophe : La cervelle ne pouvait suivre puisque, malgré mon souvenir, il s’agissait fatalement de la mâchoire inférieure (les dauphins étant a priori édentés sur celle supérieure ^^). Pas plus qu’il n’y eut de mouches ou de larves : l’animal venait manifestement d’être rejeté et avait dû rencontrer deux trois crabes au préalable ^^
@ Lancelot : Le respect de la Mort est culturel, le respect du vivant est primordial (tu as deux heures pour rendre ta copie).
le 22 juin 2009 à 6:33
Kab-Aod écrit :
RÉSULTATS…
Étaient fausses les anecdotes suivantes :
III) Je ne sais pas nager (je ne sais même pas flotter) et ne suis pas assez téméraire pour sauter d’un quai en croisant simplement les doigts !
X) j’ai commencé le judo autour de mes six ans. À quinze ans, j’ai passé mon kata (examen technique) de ceinture noire avec Marie (qui m’avait aussi appris à jouer aux échecs). Mais je n’ai pas validé ce grade, ayant abandonné ce sport avant d’avoir cumulé les cents points nécessaires (qu’il fallait gagner au fil des compétitions).
XIII) J’étais un enfant plutôt silencieux. Il faudra attendre 1997 pour que je travaille, dans le cadre d’un projet artistique, à inventer une langue de toute pièce.
le 22 juin 2009 à 18:34
Cornus écrit :
Encore tout faux pour moi… Décidément, je suis nul. Le pire est de penser que tout le reste est vrai !
le 4 juillet 2009 à 16:20
Marie écrit :
Revenue trop tardivement pour cause supplémentaire de panne matérielle, j’ai néanmoins lu tout et les commentaires. Tu as des jeux participatifs bien plaisants et hormis la peur de l’eau dont tu avais parlé il y a longtemps, le reste était crédible …
le 5 juillet 2009 à 10:02
Kab-Aod écrit :
@ Marie : Mais euh… Je n’ai pas peur de l’eau : C’est juste que je nage comme une pierre
le 7 juillet 2009 à 18:21
Jahovil écrit :
Paul demande un interprète « dans une assemblée» , question pratique effectivement. Et comme je suis seul…