La veille au soir je m’étais assoupi dans le canapé. Je fus réveillé dans la nuit par le fracas de la volière que le chat assaillait. Après avoir avalé du fromage et grillé un mégot, je rejoignis Pêr sous la couette et entoura ses reins plats de mon bras, l’esprit un peu maussade : si j’avais accepté la soupe qu’il m’avait proposée, si écoutant ma fatigue je ne m’étais pas servi le whisky de trop, je me serais épargné de maudire cette médiocrité avant d’à nouveau m’effondrer. D’autant que le lendemain j’avais deux rendez-vous qui exigeaient de moi un esprit disponible : j’avais à 11h une leçon de conduite et devais vers 13h45 me rendre à mon auto-école d’où ma monitrice nous emmènerait, d’autres élèves et moi, à l’examen du code.
    L’heure de conduite, la neuvième, malgré les améliorations et la décontraction que code et chapeletj’avais précédemment manifestées, fut cette fois tendue. Il pleuvait, Bon sang ! Enlevez-moi ce pied de la pédale d’embrayage !, la monitrice m’arrosait d’incessantes remarques, Allez, on rétrograde, maintenant ! elle me trouvait trop crispé, prenait les commandes sans me laisser le temps de réagir ; la sueur, dès les premières minutes, me tombait des tempes. Pour le déjeuner Pêr avait préparé une salade composée strictement végétarienne. Il continuait de crachiner, je me sentais tracassé, l’absence de viande ou de poisson dans mon assiette me laissa sur ma faim. J’avais aussi ce mal tenace à réaliser que j’avais un examen à réussir en début d’après-midi. Peu confiant, j’eus cette phrase : c’est une journée pourrie, je ne le sens pas. J’avais beau feuilleter une dernière fois, après le gâteau au chocolat, le bouquin de référence, mes acquis s’étiolaient comme fumée de cigarette sous mon nez.
    Je ne redoutais pas l’échec mais le prix de chaque réinscription, 50 €, surtout qu’il me faut économiser pour soigner la molaire qu’un plombage a sournoisement quitté en début de semaine.
    Avant de nous emmener, la monitrice nous éclaira vite fait sur les quelques questions récurrentes qu’elle avait par expérience nomenclaturées, dont ce putain de panneau d’interdiction de stationner côté impair ou pair de la rue suivant la première ou seconde moitié du mois. Arrivé au Centre je tripotais dans ma poche, clope au bec, le chapelet noir qui m’avait déjà épaulé lors du concours d’admission à la formation d’aide-soignant. Non que je sois spécialement superstitieux mais cet objet me prodigue de la sérénité (penser à Dieu a le don de me tranquilliser, je ne demandais que ça). Convoqué dans la salle d’examen, je présentai ma carte d’identité et m’assis au second rang, près de l’allée centrale. La télécommande qu’on me confia glissait entre mes doigts tellement je n’étais pas à mon aise.
    La troisième interrogation concerna la priorité attribuée lors d’un croisement dans une côte étriquée. Je connaissais la règle mais une bouffée de stress, comme une lumière blanche qui me montait aux yeux, me figea et me fit malgré moi cliquer sur la mauvaise solution ; j’en pris conscience aussitôt validé. Arrivé à la trentième proposition j’avais déjà estimé avoir atteint le quota de fautes. Puis il y eut cette image, j’étais sur une voie d’accélération qui débouchait sur une autoroute, j’avais un camion dans le rétroviseur de gauche, l’intitulé disait : ce poids-lourd roule à allure lente. J’accélère, je ralentis ? C’était délicat, je suis encore peu doué pour évaluer ce genre de situation, malgré tout j’ai estimé que j’avais le temps de passer avant lui. Je n’étais par la suite plus sûr de rien, ma main gauche ayant déjà comptabilisé deux fautes fatales et trois hésitations.
    L’épreuve terminée nous devions attendre que l’examinateur nous appelle, vérifie sur son ordinateur nos résultats et nous apprenne si oui ou non nous avions commis plus de cinq fautes. Monsieur Le Carff ? Je fus le quatrième à me lever. À qui il apprit que j’avais obtenu mon code. Ma monitrice, alors que je quittai la salle, eut l’air inquiet devant mes joues plombées. Je forçai donc un sourire pour la rassurer. Une joie toute bête me fit par la suite trembler une bonne dizaine de minutes. Dehors le crachin avait persisté.
    Voilà, belle année 2009, au 31 août je commencerai ma formation tant espérée et me voici aujourd’hui débarrassé de la contrainte du code dès le premier essai. Ne me reste plus, vers  la fin de l’été, qu’à valider ma conduite. Mais bon : m’attacher à aboutir un roman ou bien à commencer une série de toiles me comblerait avant toute chose. Si je besogne à obtenir mon permis afin de mieux répondre aux exigences de mon futur métier, mon petit doigt, lui, continue de me dire que mon destin est ailleurs…



12 Commentaires



  1. Cornus écrit :

    J’ai eu peur presque jusqu’au bout que tu nous annonces que tu avais échoué. Je suis rassuré. Quant à tes volontés de création, si elles ne te minaient pas autant, je dirais qu’il ne faudrait pas hésiter, mais là je ne sais plus que dire…



  2. KarregWenn écrit :

    Bravo ! Youpi ! Gourc’hemennoù ! Ole !
    Trembler de joie, t’imaginais ça, il y a quelques temps ?

    Et moi je ne dirais pas tout à fait comme Cornus, je suis persuadée que la création, elle viendra en son temps et que tu le sentiras, ce moment. Pour l’instant fonce (euh…je ne parle pas de la conduite auto, hein !).
    Pêr a raison de te préparer des salades végétariennes, c’est anti-stress :lol: :lol:



  3. calystee écrit :

    C’est, je crois, la définition du destin, d’être ailleurs, on ne sait où et tant mieux. Je suis très content pour toi de cette réussite: d’abord parce que c’en est une et ensuite parce que, lorsque tu l’auras, ce permis, ça va te faciliter grandement la vie.



  4. Kab-Aod écrit :

    @ Cornus : je rabâche un peu avec cette frustration « artistique»  mais vu la tournure que prend mon installation bretonne je ne doute pas qu’un déclic se produira en son heure. Du moins j’y besogne pas à pas :cool:

    @ KarregWenn : Ouais ben vu l’état dans lequel j’étais au début de l’examen je me demande si un bon vieux tartare n’aurait pas mieux fait l’affaire ! :twisted:

    @ Calystee : Professionnellement, être véhiculé s’impose à moi et je le déplore. Si j’avais trouvé un bon emploi près de mon quartier, je n’aurais pas éprouvé le besoin de passer ce permis.



  5. raf écrit :

    Félicitation!
    Le code c’est pas si difficile, par contre le permis là c’est chiant surtout quand l’examinateur est réputé pour être un gros connard :x



  6. KarregWenn écrit :

    Eh ben ça, si c’est pas de l’encouragement…!



  7. Olivier Autissier écrit :

    Je pourrais te dire bravo, ça me semble un peu bête. Simplement, si tu l’avais raté, au-delà des frais d’inscriptions, tu n’aurais pas été diminué pour autant. Néanmoins, c’est plus simple de l’avoir, pour la suite et le soulagement.



  8. Kab-Aod écrit :

    @ Raf : Ouh la, y’a du vécu dans l’air ! :lol: Cela dit je suis bien entraîné : mon actuelle formatrice n’est pas spécialement championne pour mettre à l’aise…

    @ Karreg’ : N’est-ce pas ? :roll:

    @ Olivier : C’est plus simple et ça soulage : après ma minute de joie c’est exactement ce que je me suis dit. Ça me fait néanmoins tout drôle de ne plus avoir à me rendre à mes leçons. 7h par semaine pendant un mois et demie, j’avais pris le rythme :razz:



  9. Cosmic Teddy écrit :

    Alors là…
    Question stress…
    Question permis…
    Question souffrance autour de tout ça…
    Comment vous dire ?
    Je pense que je vous bats.



  10. Kab-Aod écrit :

    @ Cosmic Teddy : Ce fut donc si pénible ? :???: Ouais, bon, j’ai déjà la plaquette de Xanax dans le sac pour l’ultime épreuve au cas où… même si la pire des épreuves, vu d’ici, sera je suppose le jour où je prendrai tout seul la route !



  11. Cosmic Teddy écrit :

    Je vous invite humblement à parcourir les archives de mon blog… Vous devriez avoir un aperçu. Mais vraiment qu’un aperçu… J’espère que vous ne vivrez pas la moitié du début du commencement de ce que j’ai vécu.

    Mais, apparemment, il devrait y avoir un changement lors de l’examen : ça devrait être plus simple. Je ne sais pas quand ça entrera en vigueur, j’espère que ça le sera quand vous passerez la conduite. Ceci étant, il y en a qui l’ont sans problème ! ^^; Ca va aller !

    Courage !

    Quoi qu’il advienne dîtes-vous qu’il y a pire : moi ! :cry:



  12. Kridienn écrit :

    Félicitations ! Bon courage pour le permis ! Je n’ai plus beaucoup le temps de te lire, car je suis maman depuis le 7 juillet, mais je pense bien revenir savourer tes textes quand j’aurai un moment. Le plaisir reste intact…

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