jeu 30 juil 2009
La semaine festivalière (créée en 1923, consacrée d’abord à la Cornouaille puis plus amplement élargie à la famille celte) se clôt traditionnellement par le Triomphe des Sonneurs, rassemblement spectaculaire où les bagadoù fusionnent enfin, suivis de danseurs costumés, pour défiler non sans fierté le long des quais avant de se dissoudre face au pub le plus populaire de Kemper, le Ceili (prononcez Kèli).
J’avais eu l’opportunité, l’année dernière, de découvrir, sous un soleil de saison qui seyait aux invités Asturiens (l’Espagne celte), ce moment fort où bombardes, cornemuses et percussions, puissantes et cérémonieuses (militaires diraient quelques Anglais), imprègnent une dernière fois la ville d’un exaltant tonnerre de décibels. Je ne le cache pas, une bouffée d’émotion avait failli me troubler la vue tellement j’avais eu le sentiment, ouf !, de m’être installé au bon endroit après quarante ans d’errance.
Certes le centre-ville, pendant huit jours, est perturbé : des concerts improvisés ou non traversent les fenêtres, les riverains râlent, la circulation des autos est contrainte, les ruelles sont gonflées de touristes et le bourdon des instruments persistent tard, sournois acouphènes que les volets fermés n’étouffent guère. Et puis ce son lourd de sabots qui rythment, qui tassent la terre avec leurs syncopes particulières ! Moi je ne m’en lasse pas, même si un Cercle s’entraine tout l’an sous mon balcon, mitoyen de la caserne des pompiers. Si j’avais la dextérité d’un musicien, j’aurais choisi de goûter à la bombarde, ancêtre du hautbois. Mais voilà, je n’ai aucun talent pour aider à perpétuer la beauté finistérienne, je n’y comprends rien aux pas de danse des farandoles qui s’improvisent place Saint Corentin sous la verve des chanteurs et je ne me sens pas, à cette heure, de m’engouffrer dans le filon des peintres locaux, avec leur manière un peu trop rapide de vouloir stigmatiser le pays par sa seule côte aspergée d’une écume dépourvue, sous leur pinceau, de brillances vraiment ingénieuses : si je n’avais pas ce problème avec la peinture réaliste (en ces temps dominés par la photographie), je déploierais ce que je sais des gris et des blancs qui font scintiller la gencive des vagues.
Bref, comme je travaillais ce dimanche après-midi-ci, ce fut au tour de Pêr de découvrir seul la parade, glanant quelques images malgré la foule compacte. Comme de coutûme les Anciens ouvrirent la marche triomphale, large drapeau en proue. Vous noterez cependant que le folklore n’a de cesse d’être régénéré par une relève mignonne pour qui souffler dans des panses ou porter des gilets brodés d’or n’a rien de passéiste ; la Bretagne, parmi les régions où j’ai pu vivre, se caractérise par son attachement spécial à perpétuer les traditions de son identité, fut-ce par la voie d’un folklore suivi à la lettre ou bien celle d’un métissage volontaire, les binioù kozh n’hésitant pas à se convertir au jazz tout en conservant quelques têtus ornements celtiques du haut de leur séculaire nasillement.
Je vous laisse ici découvrir un aperçu du triomphe de clôture concocté par mon conjoint tandis que je m’apprêtais à donner le souper aux résidents de la maison de retraite dont mes collègues et moi étions ce soir-ci chargés. Détail cocasse : l’image est furtive, mais il se trouve que deux demoiselles en habit ont fait halte devant un lieu bien particulier :
le 30 juillet 2009 à 19:43
KarregWenn écrit :
Génial ton Pêr ! Foi de vieille habituée des triomphes, j’en atteste, il a superbement saisi l’ambiance. Extra, vraiment.
Pas sérieux, ça !
Mais dis-moi, sa caméra s’est attardée sur de bien jolis garçons !
Très rigolote en effet la station des demoiselles. Cela dit, vu l’exiguité de l’endroit et la foule, y avait forcément quelqu’un là…
le 30 juillet 2009 à 22:13
calystee écrit :
Très belle vidéo, en effet: je m’y suis cru un moment. En tout cas, j’aurais aimé y être!
le 31 juillet 2009 à 5:14
Kab-Aod écrit :
@ KarregWenn : Oui, le bougre s’est fait plaisir. Et pour la bande-son, je lui faisais totalement confiance : mon Pêr est une oreille ambulante
Je confirme, il y a de bien belles gueules parmi les sonneurs, et l’habit n’est pas sans pimenter l’affaire (soupir)…
Quant au clin d’œil au « Sans Logique» , bien qu’effectivement situé près du Ceili, il innovait surtout cette année en proposant une buvette pour l’occasion. ^^
@ Calyste : Je n’ai pas encore assisté au triomphe de Lorient mais il parait que le frisson y est multiplié par dix !
le 31 juillet 2009 à 6:22
Cornus écrit :
J’aurais bien aimé voir ça. J’en ai eu quelques aperçus çà et là, notamment avec le bagad de Kemper de passage à Autun l’été dernier. La musique (celle-ci ou quelques autres) qui vibre dans de telles circonstances provoque en moi de fortes émotions (c’est fou, j’ai du mal à me contrôler, mais je vois que je ne suis pas le seul).
Au sujet du film, je suis du même avis que les commentateurs précédents, c’est fait avec talent et pourtant c’était pas facile. Bravo à Pêr !
le 31 juillet 2009 à 21:28
Kab-Aod écrit :
@ Cornus : La première fois que j’ai entendu en direct un bagad (moi qui n’avais jusqu’ici qu’écouté des CD), ce fut à Prat (Côtes d’Armor), en inauguration d’un fest-noz. Je n’exagère absolument pas quand j’affirme avoir alors étranglé une envie de pleurer tellement l’émotion m’avait submergé, ce qu’une musique provoque rarement chez moi.
Et je profite de ton commentaire pour vous assurer que Pêr apprécie discrètement vos compliments
le 31 juillet 2009 à 22:19
Kridienn écrit :
Je félicite Pêr à mon tour. Je trouve ce petit film magnifique et il me permet de goûter avec plaisir à ce dernier triomphe auquel je n’ai pas pu assister (j’étais à l’hôpital avec mon petit homme) ! C’est le premier que je manque depuis mon retour ici, en 2001. Merci à Pêr pour ces très belles images, pour la bande son et pour le frisson que tout ça m’a procuré ! Moi aussi, chaque année, je suis envahie par l’émotion en assistant à ce fameux triomphe. Il est sans doute moins spectaculaire qu’à Lorient, mais je le trouve unique, irremplaçable, il fait chaud au coeur et ce rendez-vous final devant le Ceili est souvent l’occasion de retrouvailles chaleureuses et joyeuses ! MERCI !
le 1 août 2009 à 12:42
karagar écrit :
Ah, j’aimrais quelques cours de cinéma-montage avec Pêr ! De joli minois en effet et assez ému d’entendre, repris par tous, non pas un air trad mais un morceau de la Symphonie Celtique, l’arrivée sur Inis Gwenva, l’île de la béatitude…
le 1 août 2009 à 15:10
Kab-Aod écrit :
@ Kridienn : Et à ton tour, félicitations pour l’heureux évènement !
Puisses-tu en faire un fier talabarder
@ Karagar : Nous écoutions cette symphonie (Tir na n-og ?) quand nous étions encore étudiants à Strasbourg (c’est dire si ça date ^^). Mais j’avoue qu’elle nous est depuis sortie de l’oreille si bien que nous n’avons pas percuté en écoutant cette version du bagad.
le 5 août 2009 à 8:35
Nicolas Bleusher écrit :
Les images de fin sont souvent les plus belles…
Merci pour ce voyage dépaysant !
Et toujours cette belle et juste écriture…
le 5 août 2009 à 18:37
Cosmic Teddy écrit :
L’un des costumes traditionnels qui me plaît le plus est le costume vannetais… Qu’en pensez-vous ? ^^
le 6 août 2009 à 14:40
Kab-Aod écrit :
@ Nicolas Bleusher : Et deux autres voyages sont sur le feu (Ploumanac’h et Sein)…
@ Cosmic Teddy : Hélas, je ne m’y connais pas assez en costume dont je me contente d’apprécier au feeling les broderies et les dentelles (mon petit faible pour les travaux d’aiguille ^^) !