Je patientais depuis deux heures, une femme avait ouvert la fenêtre, j’avais dû somnoler quelques secondes.
La nuit précédente j’avais rêvé qu’on m’accusait d’avoir éliminé mon frère, on l’avait retrouvé les yeux presque arrachés, ma mère me soupçonnait d’un regard intense, cet air qu’elle a de me connaître par cœur alors qu’elle ne sait rien de mon devenir, certaine cependant qu’un enfant ne peut échapper à ce qu’a décrété à son sujet la famille. Je m’étais battu avec mon père, il croyait l’emporter, lui dont le corps poussif n’est plus à la hauteur de sa violence, lui qui ignore tout de ma force d’adulte, de ce qu’il me reste de la pratique des arts martiaux. Ce rêve, très en relief, me tracassait vaguement depuis le réveil, notamment parce qu’il me semblait en avoir fini avec l’anathème parental.
    La porte s’ouvrit, c’était mon tour, j’attrapais la main du docteur qui parut surpris soit par mon salut soit par ma taille.
    J’avais besoin d’un certificat d’aptitude à suivre la formation d’aide-soignant, signé par l’un des docteurs agréés par la DASS. Mon toubib habituel ne faisant pas partie de la liste proposée par l’Institut, je découvris un bonhomme rondouillard et jovial qui me félicita pour ma tension (légèrement basse) et mes battements de coeurs (lents et réguliers), selon lui digne d’un sportif entraîné. Même ma capacité pulmonaire le rendit joyeux : rien ne signalait mes vingt années de fumeur. J’ai souri puis ai détourné la discussion vers mon désir d’en finir avec la clope pour mieux taire que, si mon corps donnait cette apparence, ça tenait du miracle. Ensuite je regagnai la rue après avoir appris que ma visite ne serait pas remboursée, n’étant pas de nature curative.
    Le soleil rebondissait de façades en façades. Le long du fleuve où pullulaient les poissons dont le bec gobait la surface je repensais à ce rêve un peu brutal, attentif à d’éventuelles significations supplémentaires. La bonne nouvelle toutefois l’emporta : j’étais en bonne santé et donc plus que jamais motivé pour rompre avec mes vices et mes cauchemars. Tu es un éléphant, m’avait prédit le docteur de mon enfance.
    Maintenant je compte sur mon entrée en école pour passer la quatrième…



7 Commentaires



  1. joss écrit :

    j’aimerais tant, une fois seulement, impressionner quelqu’un par ma taille…



  2. karagar écrit :

    Heureux de constater qu’un démenti médical est à même de contrer tes sombres idées sur ton propre corps.



  3. Kab-Aod écrit :

    @ Joss : Ta « petite taille»  est devenue légendaire, mais il faudra bien un jour que tu révèles le centimétrage exact pour s’en faire une vraie idée ^^ ! Si ça peux te rassurer, mon gabarit n’a que très peu d’avantages…

    @ Karagar : Ma solidité m’épatera toujours. Or bien des maux débarquent sans prévenir, et vu ce que je m’inflige je prends soin de ne pas me vautrer trop vite sur mes lauriers. Cela dit, oui, le démenti m’encourage à entretenir ce capital têtu malgré les phases de doute :evil:



  4. Kridienn écrit :

    Puisse mon petit homme devenir un éléphant ! Prends-soin de toi, autant que possible, ça vaut vraiment le coup pour toi et ceux qui t’aiment !



  5. joss écrit :

    Kab-Aod : il se murmure dans les milieux hautement renseignés que je mesure très exactement 1 joss. Le joss est une unité peu utilisée mais qui tend à se démocratiser, parait-il.



  6. Kab-Aod écrit :

    @ Kridienn : Je prends soin, je prends soin… :razz:

    @ Joss : Arf, couard personnage ! Tu ne dis toujours pas combien il faut de Joss pour obtenir 1 Ezekiel :lol:



  7. Nicolas écrit :

    Je trouve que ton rêve donne une autre dimension à l’expression « Je ne peux pas le voir»  :smile:

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