mar 18 août 2009
Mon collègue et moi nous apprêtions à sortir Madame P. de sa sieste afin de lui servir son goûter mais nous la trouvâmes cyanosée dans son lit. Elle sombra sous nos yeux peu avant que le Samu n’arrive et échoue à relancer son cœur. Une semaine plus tard, de retour d’un jour de repos, j’appris que Madame L. avait succombé à une fausse-route la veille dans l’après-midi : elle s’était étouffée sous les yeux des aides-soignantes en avalant la madeleine qu’elle avait trempée dans son café. J’ai écrit un billet puis je l’ai effacé.
J’avais passé toute une nuit à tchatter sur la messagerie avec des garçons fraîchement croisés sur un site dont le succès repose sur les audaces des mieux bâtis, webcam à l’appui. Le premier garçon, étudiant en philosophie, pratiquait la danse contemporaine, buvait du Bourbon et chassait parfois un moustique. Le second, plus jeune, était dans son lit et s’étonnait de mon manque de perversité puisque j’étais de vingt ans son aîné. Le troisième revenait de discothèque et très vite exhiba une verge robuste bien que son visage éminemment sexy me régalait suffisamment. Ce fut cependant le premier garçon qui laissa une trace durable en moi. Sa beauté, son insouciance, sa sagacité. Alors j’ai écrit un billet puis je l’ai effacé.
Je me promenais le long de la rive, une fille et un garçon discutaient à l’ombre du pont. Alors que près d’eux j’empruntai le bref sentier qui montait vers la route, j’entendis le garçon saluer la fille et suivre mes pas. Tout de suite une brûlure aigüe s’installa au-dessus du pubis, aussitôt soulignée par un époumonement saccadé. Je me retournai, le garçon me regardait, proche, sortait de sa poche un paquet de cigarettes, et voilà, je fantasmais comme un adolescent sur le qui-vive, il était derrière moi, très près. Puis le garçon bifurqua après avoir tardé à allumer sa clope. J’ai écrit un billet sur cette émoi fugace puis je l’ai effacé.
Je possède depuis plus de dix ans un objet taillé dans de l’ardoise et dont je n’ose encore me servir bien que je tourne autour depuis deux semaines, le laissant traîner sur la table basse du salon, sous son étui de plastique que je décolle parfois pour le caresser. Une amie strasbourgeoise me l’avait offert mais je n’ai jamais trouvé le cran de le souiller, fut-ce pour le tester naïvement. J’ai écrit à ce sujet plusieurs billets que j’ai tous effacés. Mais j’y reviendrai en temps voulu, quand j’aurai la tranquillité intérieure suffisante pour y frotter de l’encre et y mouiller un pinceau.
Excusez-moi de ne pas avoir publié tous ces épisodes mais l’été n’aura jamais été ma saison favorite : j’attends beaucoup de ce prochain septembre.
le 18 août 2009 à 21:48
calystee écrit :
L’été s’effacera bientôt de lui-même…
le 18 août 2009 à 22:07
KarregWenn écrit :
D’autant plus que si tu mets 2 ailes à molesse tu vas t’envoler à tire d’l !!!
’scuse-moi, j’ai pas pu m’empêcher…
le 19 août 2009 à 9:58
karagar écrit :
Au fond, les voila évoqués, tous ces épisodes… et peut-être n’est-il pas plus mal que relatés ainsi brièvement, ils se retrouvent côte-à-côté, témoignant de la grande diversité des préoccupations humaines…
le 19 août 2009 à 10:11
karagar écrit :
essai avatar
le 19 août 2009 à 17:08
Marie écrit :
A la faveur d’une rémission, je m’interroge sur la situation la plus enviable : mourir avant ou après le goûter ?
Comme j’ai beaucoup de retard, tu as bien fait d’effacer trois billets. L’été n’est pas ma saison favorite non plus …
le 19 août 2009 à 17:13
Kitty écrit :
Rhaaa, ne me parle pas de l’été…
On a 35° aujourd’hui, je me meurs!
Les demi-saisons, périodes de métamorphose, sont pour moi les plus productives et l’hiver, avec ses longues soirées, se prête à la concentration, mais l’été, trop de choses à regarder et à ressentir
le 19 août 2009 à 19:18
Cornus écrit :
Il y a ceux qui effacent leurs notes (ou billets, pardon) mais en parlent quand même. Il y en a un autre qui pense avec plus ou moins de précision à des notes, mais qui ne les rédige pas parce qu’il y renonce par manque de goût, manque de courage ou par manque de temps…
le 19 août 2009 à 21:23
christophe écrit :
C’est vrai que j’ai parfois vu passer, dans le coin, des billets qui disparaissaient très soudainement… Mais c’est vraiment très joli la façon que tu as de laisser deviner les liens qu’il peut y avoir (ne serait-ce que parce que qu’ils sont les fils d’une même tapisserie) entre différents événements…
le 19 août 2009 à 23:17
Kab-Aod écrit :
@ Calyste : J’y ai songé quand Pêr un soir m’a demandé, ironique : « Et tu as pensé à t’acheter des fournitures scolaires ?» (Je redeviendrai étudiant dès le 31 août, à 10h, ce qui pour moi met fin au mol été ! ^^).
@ KarregWenn : Dire que je me suis toujours abstenu de vous corriger étourderies, fautes graves et autres coquilles régulières
.D’autant que mon secrétaire de conjoint corrigeait l’inadvertance une fraction de seconde avant que tu n’édites ton com’…
@ Karagar : C’était soit une rosace, soit une vague, soit une fleur : tu es donc résolument fidèle à toi-même
Tu me fais cependant songer que je n’ai jamais ici explicité ni le nom de ce carnet, ni l’avatar que je me suis réservé.
@ Marie : On succombe très lentement à une fausse-route. Quitte à choisir, j’opte pour l’arrêt cardiaque lors de la sieste.
@ Kitty : J’ai connu mes meilleurs étés au printemps et à l’automne. Pêr est né en septembre, moi en novembre. Je l’ai rencontré un septembre et notre couple a commencé le novembre suivant. L’été doit représenter à peine 10 % de nos souvenirs les plus lumineux
@ Cornus : J’ai effacé ces notes principalement parce que soit j’ai cru qu’elles ennuieraient, soit parce que je n’avais pas la force ou la lucidité suffisante pour les aboutir. Ce n’est pas si loin de tes motifs de démotivation.
@ Christophe : Ton commentaire me fait l’attacher à celui de Karagar. Je suis un homme qui regarde la Mort, qui dialogue, qui a une libido et des pulsions artistiques, et très certainement tout cela a-t-il un lien, une homogénéité.
le 22 août 2009 à 17:51
KarregWenn écrit :
Ah tu me vouvoies, maintenant ?
le 24 août 2009 à 17:23
Nicolas bleusher écrit :
Je suis de la même famille de blogueurs que Cornus…