Nous partirons en milieu de matinée, une bruine grasse collée au pare-prise. Il conduira, puisque j'aurai de la bouillie d'avoine sous les paupières. Du cervelet jusqu’aux phalanges. Avec trémulations, rêvasseries, soifs et calculs mentaux. Une éventuelle hypoglycémie collée aux semelles. De l'eau et une pomme seront à prévoir, un cachet de tranquillité. Nous avons loué parmi les Abers, les estuaires du Léon, nord-Finistère. La nouveauté supplémentaire dans le bagage ? : un harnais, une cage, la litière. Car le chat nous suivra lors de ces quatre nuitées en gîte malgré mes craintes, première fois, malgré le caractère pourtant docile de l'animal, la peur qu'il profite d'une porte oubliée. Ce n'est pas le genre. Trop pépère. Les Abers, ces longues fissures fluviales dans le pays du pot-au-feu breton, miettes de blé noir cuites dans le jus des viandes, la touche de lipig (base d'échalotes confites dans leur louche de beurre salé), kig-ha-farz dans la langue, sur les menus. Glao-touseg (pluie de crapaud), le résident a eu un fou-rire, il ne connaissait pas l'expression bien qu'il parle breton à sa femme. Le breton du coin, méconnu de France 3 qu'il comprend un mot sur trente. Je lui ai dit en breton "moderne" qu'il y avait eu dans la nuit des sales averses. J'ai mis dix minutes à donner la seconde bouchée, le monsieur n'ayant plus de bras. Parfois, quand je rentre dans la chambre, il exclame un Glao-touseg ! [glôw-toussek]. Mon désormais surnom. Et il rit de plaisir. Parce que je vais cultiver son savoir. Pas celui des parisiens convertis, des touristes, des KLTG, des écrivaillons ni des inventeurs. Les élites meurent dans des maisons de retraite. Demain nous partons pour 1h30 de route, le chat sur la banquette arrière, dans sa grosse cage. Quand les cernes ne pèseront plus dix kilos je me sentirai plus libre de lire, d'écrire, de maigrir, de composer pour la harpe et la flûte, de rédiger ce roman dont les notes ne cessent de gonfler. Minaouët, fils de Trégunc, matou gras en pleine poussée de puces. Alors, pour la troisième fois, c'est la douche, l'insectifuge, le parasite abasourdi cueilli à la pince à épiler, assommé sous la pression de l'ongle. Une bonne quinzaine de mouches ! Il va découvrir la mer et la lande ; peut-être même sa première liberté nocturne, le sifflement du mulot, le frais. Un cahier, des plumes, j'emporterai, lirai de la poésie, du document, surtout aucun roman, j'emporterai la caméra, mon couteau à huître, la levure pour le pain. Finalement pas de bruine mais du soleil à bras ouverts. Et le chat qui sent la menthe bio.
le 9 février 2013 à 19:51
Marie écrit :
Puisque c’est le chat le héros, il va bientôt être prêt pour les concours … je plaisante !
le 12 février 2013 à 17:00
Marie écrit :
Et quelques images des Abers en préparation ? 3 heures aller-retour, ça vaut bien quelques informations.
le 14 février 2013 à 11:24
Kab-Aod écrit :
@ Marie : Bien entendu, nous avons récolté de quoi animer notre journal, avec deux trois prises de vue très représentatives de la rudesse romantique de notre séjour, vécu par temps de tempête avec des vents de 90 à 130 km/h
Nous avons déjà trié le bon grain de l’ivraie parmi les rushes, or nous nous sommes déjà engagés à élaborer le montage de notre virée à Bréhat. Donc patience… Quant au chat, complètement traumatisé par ses premières vacances, il n’était pas fâché de retrouver son sweet home le soir du sixième jour (quel pantouflard !) ^^
le 14 février 2013 à 20:30
Marie écrit :
Pour un romantisme plus au calme, bonne fête et MERCI
le 17 février 2013 à 11:57
Sandro écrit :
Bonjour à vous deux ou plutôt vous trois, me voilà à Paris, j’ai recommencé à courir les castings, encore l’espoir de décrocher un rôle, le rôle de ma vie
Je nage, régulièrement, repas équilibrés, peu d’alcool, ma guitare reste ma meilleure amie; j’ai quelques dates en perspectives, rien d’extraordinaire, mais je ne me plains pas, car j’ai la chance de travailler assez régulièrement, ce qui n’est pas évident pour tous.
Ce soir je vais chanter et jouer dans une soirée privée sur une péniche; une soirée bobo par exellence! peu importe, je suis toujours heureux d’être sur scène, c’est efficace pour calmer mes manques, mes frustrations.
Chansons napolitaines et vielles rengaines italiennes, ça va être chaud!
Je fanfaronne mais, la forêt et Safir me manque, les gros matous qui squattent les écuries aussi, je peux t’assurer que ceux là ne prennent pas une douche par semaine et ne sentent pas la menthe bio!
J’espère bientôt des nouvelles images de vos escapades bretonnes, c’est toujours pour moi une belle émotion de te lire et de vous retrouver.
Sandro
le 19 février 2013 à 9:57
Kab-Aod écrit :
@ Sandro : Bon courage pour la Capitale, ce Paris dans lequel j’étouffe et stresse dès que j’y pose le pied (ce n’est pas faute d’y avoir vécu). Persévère néanmoins dans ton choix de carrière, je croise les doigts
! Il nous reste des kilomètres de road-movie à scénariser, le pain sur la planche ne manque pas. Nous nous y collons, promis.