J’avais annoncé une réorientation de ce carnet et, à cette occasion, un léger remaniement formel. Ce projet n’a pas disparu, loin de là : il est toujours question de m’interroger, désormais plus spécifiquement, sur les états de conscience modifiée, phénomènes qui depuis l’enfance m’intriguent et jalonnent mon histoire personnelle au point qu’aujourd’hui, étape charnière de mon devenir, j’éprouve le profond besoin d’aller jusqu’au bout de ces expériences. Inévitablement il me faudra évoquer les sujets que ces états de conscience convoquent (voire provoquent) tels la Mort, la Foi, l’Amour et, plus modestement, le silence, l’impassibilité, le soin d’autrui, etc. Cela dit, n’allez pas imaginer un futur blog péremptoire et didactique, ni même prosélyte ! Je suis un homme de peu d’instruction et lent par nature, souvent réduit à se référer à ses propres intuitions ainsi qu’aux fortes bizarreries qu’il a vécues. Aussi tenterai-je une approche non pas par les artères magistrales mais par sudation : si parfois j’emprunterai des voies sans détour, la plupart du temps je m’exprimerai par analogie l’espace d’une atmosphère, ce principalement (je l’espère) via des vidéos, sinon par image, par texte ou par podcast, l’enjeu étant d’apporter un témoignage ouvert.
    La rénovation de ce blog tarde car j’ai sous-estimé l’énergie que, depuis septembre, ma formation de soignant me demande. Je suis absorbé par les cours, les révisions, les examens, les stages, mon statut de délégué, mes heures de conduite, mes rendez-vous médicaux (psy compris, à qui j’ai enfin annoncé mes épisodiques modifications de conscience suite à la dernière expérience de la mi-août, lors d’une sieste impromptue – bruit infernal, effroi, début d’hallucination visuelle, sensation de décorporation finalement abrégée au prix d’un violent effort). Sans compter mon recours à l’alcool et mes crises d’angoisse que ma médicamentation peine à juguler. Comme si une force contraire m’empêchait de traverser le gué salvateur, celui qui me mènerait vers cette rive brillante qui me tracte depuis gosse. D’abord au gré de crises d’asthme bavardes puis, plus tard, au cours de mes sommeils, provoqués méthodiquement ou non (je reparlerai de cette faculté de provoquer volontairement ces états, bien que le moyen et son issue demeurent très aléatoires).
    Je dois également avouer que mes tracas estudiantins ne sont pas seuls en cause pour expliquer mon actuelle discrétion dans la mesure où les préoccupations de mes confrères blogueurs me parlent moins, bien que je persiste à les lire fidèlement. Comprenez qu’il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur mais, en rapport à ce qu’exprimé précédemment, d’un écart significatif dans les intérêts, en grande partie parce que j’essaie d’atténuer une prenante angoisse de Mort tout juste compensée par mon amour pour mon conjoint, et ce associé à des frustrations artistiques (le blog me permettant de lâcher du lest à ce niveau puisque la peinture ou l’écriture, à un stade abouti, me laissent en échec, excepté quelques gribouillis obsessionnels). Vivre des expériences répétées de conscience modifiée vous éloigne considérablement du ressenti commun et vous éjecte des repères admis et collectifs. Je n’ai qu’une hâte, prendre le temps d’expliquer tout ce bazar intérieur pas à pas selon Kab-Aod nouvelle formule.
    Sinon, prochainement, sera éditée une vidéo tournée succinctement ce week-end à l’occasion d’une date simple, la seule qui compte, sans prétention pourtant (il faudra attendre l’année prochaine pour tomber sur un compte rond, même si je me dis qu’il n’y aura toujours pas d’amis – encore moins de famille – pour se souvenir, pour partager la joie). Le bonheur m’est devenu une besogne de solitaire dont j’offre le fruit d’abord à celui qui me connait le mieux et qui dort auprès de moi soir après soir. J’ai cette chance d’aimer et d’être aimé. Et ça, je l’ai appris seul ; un acquis énorme dont j’ai conscience du prix, considéré mon vécu familial. Pouvoir le filmer, malgré les maladresses, m’aide à ralentir le Temps, à léguer un patrimoine puisque je mourrai avant le seul être qui aura su qui j’étais. Vu l’angle de vue, vous devinerez bien que le narcissisme ne sera pas le bon argument pour justifier nos apparitions.
    Voilà pour les nouvelles (bien qu’incomplètes).